PIB en 2025
Une économie intermédiaire proche de l’Europe.
Industrie, compétences, infrastructures, proximité européenne : le socle existe. Mais le pays transforme encore trop peu ces avantages en investissement, en productivité et en emplois.

Une économie intermédiaire proche de l’Europe.
82,1 % du PIB fin 2025.
Au deuxième trimestre 2026.
Dernière mesure nationale comparable, 2021.
À première vue, la Tunisie ressemble à une économie déjà équipée pour accélérer. Elle possède une base industrielle, des compétences, des infrastructures et un accès privilégié au marché européen. En 2025, son commerce de biens atteignait 44,1 Md€ et près de 70 % de ses exportations allaient vers l’Union européenne.
Le paradoxe est moins celui des actifs que celui de leur rendement. L’investissement reste faible, la productivité progresse lentement et les écarts territoriaux persistent. En suivant cet entonnoir, l’énergie apparaît non comme un secteur isolé, mais comme le point où se rencontrent compétitivité, finances publiques et contrat social.
La base est réelle. Routes, ports, électricité, formation et proximité des chaînes industrielles européennes donnent à la Tunisie un socle rare dans la région. Le pays exporte, forme des ingénieurs et accueille des industries déjà insérées dans le marché continental. Pourtant, en 2025, le PIB réel venait à peine de retrouver son niveau d’avant la pandémie.
Le frein se situe entre la capacité et son passage à l’échelle. Financement rare, incertitude et lourdeurs limitent l’investissement des entreprises ; la productivité progresse trop lentement pour absorber le chômage et réduire rapidement les écarts de niveau de vie. Le sujet n’est donc pas de créer une économie de toutes pièces, mais de faire produire davantage à celle qui existe déjà.
Le fil directeurLes capacités existent, mais l’investissement ne les transforme pas assez vite en croissance, en exportations nouvelles et en emplois.
La moyenne nationale masque un pays profondément inégal. En 2021, la pauvreté concernait 4,7 % des habitants du Grand Tunis, contre 37 % dans le Centre-Ouest. Une même hausse de prix ne produit donc ni le même effort, ni la même réaction politique selon le territoire.
Cette géographie change la manière de recommander une réforme énergétique. Sa crédibilité dépend moins d’une promesse abstraite d’efficacité que d’une réponse concrète à trois questions : qui gagne, qui paie et comment les régions intérieures sont protégées pendant la transition.
4,7 % Grand Tuniscontre37 % Centre-OuestPauvreté, 2021 · Banque mondiale
Plus de 99 % de la population a accès à l’électricité. Le problème tunisien n’est donc plus principalement le raccordement. Il se trouve dans le coût de production, la dépendance extérieure et la capacité du réseau à livrer une énergie fiable aux ménages comme aux entreprises.
Plus de 95 % de l’électricité dépend du gaz ; 3,13 TWh ont encore été importés en 2024. À cette exposition s’ajoutaient 18,4 % de pertes réseau en 2023. Investissement faible, dette élevée, industrie sous pression et inégalités régionales finissent ici par se rencontrer.
L’électricité est vendue moins cher qu’elle ne coûte à fournir. Le tarif ne couvrait qu’environ 60 % du coût réel ; la différence réapparaît sous forme de pertes, de dette, de subventions et d’investissements reportés.
Le choc part du combustible, traverse la STEG puis ressort dans le budget, le réseau et la compétitivité.
Plus de 95 % de l’électricité tunisienne dépend du gaz. Quand le combustible importé augmente, le coût de production suit presque immédiatement.
Le prix payé ne couvre qu’une partie du coût complet. L’écart devient pertes, impayés et dette, puis repousse maintenance et modernisation.
Un réseau moins modernisé perd davantage d’énergie. Budget public, entreprises et ménages supportent alors un coût qui n’apparaît plus seulement sur la facture.
À la fin de 2023, la STEG portait environ 1,2 Md€ de pertes cumulées et 3,1 Md€ de passifs à court terme. Les factures dues par le secteur public représentaient l’équivalent de 22 mois de ventes annuelles.
Quand la trésorerie manque, l’entreprise paie plus tard, investit moins et laisse vieillir le réseau. Le pays économise aujourd’hui sur le tarif visible, puis paie demain par la dette, les pertes techniques et une compétitivité plus faible.
La séquence la plus crédible commencerait par identifier les ménages vulnérables et verser une aide ciblée avant toute évolution tarifaire. Elle traiterait ensuite les pertes, les compteurs et les impayés publics, afin que chaque ajustement de prix finance réellement un meilleur service.
La baisse durable du coût viendrait enfin du solaire, de l’éolien, du stockage et d’appels d’offres transparents. Les économies de gaz pourraient alors être réinvesties dans le réseau, le transport, les PME, les compétences et les régions intérieures.
Identifier les ménages vulnérables et verser une aide ciblée avant toute évolution tarifaire.
Réduire les pertes, moderniser les compteurs et faire régler les factures publiques.
Accélérer le solaire, l’éolien, le stockage et les appels d’offres transparents.
Transformer les économies de gaz en réseau, transport, PME, compétences et développement régional.
La France échange 8,9 Md€ de marchandises par an avec la Tunisie. Environ 1 600 entreprises à participation française y soutiennent près de 170 000 emplois. Le coût et la fiabilité de l’électricité tunisienne dépassent donc largement le seul bilan de la STEG.
Une énergie plus compétitive renforcerait simultanément la stabilité du pays et la résilience industrielle de l’Europe. La recommandation tient en une séquence lisible : protéger le contrat social, réparer le système, produire moins cher, puis convertir l’économie de gaz en investissement productif.
L’énergie n’est pas un secteur parmi d’autres. C’est la contrainte qui traverse presque toutes les autres.