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FICHE PAYS · TUNISIE · V4.5 · AOÛT 2026

La Tunisie a les bases d’une économie prospère. Pourquoi la croissance reste-t-elle si fragile ?

Industrie, compétences, infrastructures, proximité européenne : le socle existe. Mais le pays transforme encore trop peu ces avantages en investissement, en productivité et en emplois.

Paysage industriel et énergétique tunisien
Industrie, énergie et Méditerranée : les actifs productifs d’une économie proche de l’Europe.
≈ 50 Md€

PIB en 2025

Une économie intermédiaire proche de l’Europe.

14,9 %

Chômage

Au deuxième trimestre 2026.

16,6 %

Pauvreté

Dernière mesure nationale comparable, 2021.

L’ANALYSE

Lire la Tunisie par la contrainte qui traverse toutes les autres.

À première vue, la Tunisie ressemble à une économie déjà équipée pour accélérer. Elle possède une base industrielle, des compétences, des infrastructures et un accès privilégié au marché européen. En 2025, son commerce de biens atteignait 44,1 Md€ et près de 70 % de ses exportations allaient vers l’Union européenne.

Le paradoxe est moins celui des actifs que celui de leur rendement. L’investissement reste faible, la productivité progresse lentement et les écarts territoriaux persistent. En suivant cet entonnoir, l’énergie apparaît non comme un secteur isolé, mais comme le point où se rencontrent compétitivité, finances publiques et contrat social.

1 · TRAJECTOIRE

1. Une économie capable, mais peu productive.

La base est réelle. Routes, ports, électricité, formation et proximité des chaînes industrielles européennes donnent à la Tunisie un socle rare dans la région. Le pays exporte, forme des ingénieurs et accueille des industries déjà insérées dans le marché continental. Pourtant, en 2025, le PIB réel venait à peine de retrouver son niveau d’avant la pandémie.

Le frein se situe entre la capacité et son passage à l’échelle. Financement rare, incertitude et lourdeurs limitent l’investissement des entreprises ; la productivité progresse trop lentement pour absorber le chômage et réduire rapidement les écarts de niveau de vie. Le sujet n’est donc pas de créer une économie de toutes pièces, mais de faire produire davantage à celle qui existe déjà.

Le fil directeurLes capacités existent, mais l’investissement ne les transforme pas assez vite en croissance, en exportations nouvelles et en emplois.

2 · TERRITOIRES

2. Une réforme nationale, deux réalités sociales.

La moyenne nationale masque un pays profondément inégal. En 2021, la pauvreté concernait 4,7 % des habitants du Grand Tunis, contre 37 % dans le Centre-Ouest. Une même hausse de prix ne produit donc ni le même effort, ni la même réaction politique selon le territoire.

Cette géographie change la manière de recommander une réforme énergétique. Sa crédibilité dépend moins d’une promesse abstraite d’efficacité que d’une réponse concrète à trois questions : qui gagne, qui paie et comment les régions intérieures sont protégées pendant la transition.

4,7 % Grand Tuniscontre37 % Centre-OuestPauvreté, 2021 · Banque mondiale

3 · ÉNERGIE

3. L’accès est acquis. Le coût du système ne l’est pas.

Plus de 99 % de la population a accès à l’électricité. Le problème tunisien n’est donc plus principalement le raccordement. Il se trouve dans le coût de production, la dépendance extérieure et la capacité du réseau à livrer une énergie fiable aux ménages comme aux entreprises.

Plus de 95 % de l’électricité dépend du gaz ; 3,13 TWh ont encore été importés en 2024. À cette exposition s’ajoutaient 18,4 % de pertes réseau en 2023. Investissement faible, dette élevée, industrie sous pression et inégalités régionales finissent ici par se rencontrer.

> 99 %accès

> 95 %dépendance au gaz

3,13 TWhimportés

18,4 %pertes réseau

TARIF MOYEN0,083 €/kWh
COÛT COMPLET0,139 €/kWh

L’électricité est vendue moins cher qu’elle ne coûte à fournir. Le tarif ne couvrait qu’environ 60 % du coût réel ; la différence réapparaît sous forme de pertes, de dette, de subventions et d’investissements reportés.

4 · MÉCANISME

4. Comment une hausse du gaz devient un problème national.

Le choc part du combustible, traverse la STEG puis ressort dans le budget, le réseau et la compétitivité.

  1. 1–2LE CHOC EXTERNE

    Le gaz renchérit chaque kWh produit.

    Plus de 95 % de l’électricité tunisienne dépend du gaz. Quand le combustible importé augmente, le coût de production suit presque immédiatement.

    Gaz importéCoût du kWh
  2. 3–5L’ABSORPTION

    Le tarif protège aujourd’hui, la STEG absorbe demain.

    Le prix payé ne couvre qu’une partie du coût complet. L’écart devient pertes, impayés et dette, puis repousse maintenance et modernisation.

    Tarif maintenuTrésorerieTravaux reportés
  3. 6–7LA DIFFUSION

    La facture finit par sortir du secteur électrique.

    Un réseau moins modernisé perd davantage d’énergie. Budget public, entreprises et ménages supportent alors un coût qui n’apparaît plus seulement sur la facture.

    Pertes réseauCompétitivitéPays
LE BILAN DE LA STEG

L’entreprise absorbe une partie de la politique sociale et budgétaire.

À la fin de 2023, la STEG portait environ 1,2 Md€ de pertes cumulées et 3,1 Md€ de passifs à court terme. Les factures dues par le secteur public représentaient l’équivalent de 22 mois de ventes annuelles.

Quand la trésorerie manque, l’entreprise paie plus tard, investit moins et laisse vieillir le réseau. Le pays économise aujourd’hui sur le tarif visible, puis paie demain par la dette, les pertes techniques et une compétitivité plus faible.

5 · RECOMMANDATION

5. La crédibilité tient à l’ordre des réformes, pas à leur brutalité.

La séquence la plus crédible commencerait par identifier les ménages vulnérables et verser une aide ciblée avant toute évolution tarifaire. Elle traiterait ensuite les pertes, les compteurs et les impayés publics, afin que chaque ajustement de prix finance réellement un meilleur service.

La baisse durable du coût viendrait enfin du solaire, de l’éolien, du stockage et d’appels d’offres transparents. Les économies de gaz pourraient alors être réinvesties dans le réseau, le transport, les PME, les compétences et les régions intérieures.

1

Protéger

Identifier les ménages vulnérables et verser une aide ciblée avant toute évolution tarifaire.

2

Réparer

Réduire les pertes, moderniser les compteurs et faire régler les factures publiques.

3

Produire moins cher

Accélérer le solaire, l’éolien, le stockage et les appels d’offres transparents.

4

Réinvestir

Transformer les économies de gaz en réseau, transport, PME, compétences et développement régional.

6 · EUROPE

6. L’énergie tunisienne soutient aussi des chaînes industrielles européennes.

La France échange 8,9 Md€ de marchandises par an avec la Tunisie. Environ 1 600 entreprises à participation française y soutiennent près de 170 000 emplois. Le coût et la fiabilité de l’électricité tunisienne dépassent donc largement le seul bilan de la STEG.

Une énergie plus compétitive renforcerait simultanément la stabilité du pays et la résilience industrielle de l’Europe. La recommandation tient en une séquence lisible : protéger le contrat social, réparer le système, produire moins cher, puis convertir l’économie de gaz en investissement productif.

L’énergie n’est pas un secteur parmi d’autres. C’est la contrainte qui traverse presque toutes les autres.